• Accueil
  • > divers
  • > Valérie Hénau : vacances sacrificielles avec les vieux parents

Valérie Hénau : vacances sacrificielles avec les vieux parents

Posté par cielnuageux le 25 août 2018

Vacances sacrificielles
Avec ses vieux parents
(Valérie Héneau)

 

Adorables, drôles, gentilles, pleines de connaissances précieuses et d’expériences irremplaçables, les personnes âgées sont de merveilleuses compagnes de parasol et de crapette estivale,
Néanmoins, elles ont aussi leurs côtés effroyables…

Les voilà installés depuis deux jours.
Une fois purgée la grande affaire des bagages à vider et l’animation des retrouvailles, ils semblent curieusement végéter.
Posés mélancoliquement sur le canapé du salon, (alors qu’il fait un temps de rêve), tristement échoués sur un transat de terrasse (avec le sentier côtier à deux pas!), répondant « Ben, on va rester là, je pense » à votre (trop) enjoué « Alors, quel est le programme cet après-midi ? »
Et quant par hasard ils partent enfin en balade, c’est pour revenir au bout de vingt minutes, alors que rien (et surtout pas vous) ne les pressait.
En réalité, loin de leurs repères, arrachés à leur routine, les vieux parents sont un peu comme des ados privés de Wifi.
Sauf que le cordon qui leur manque n’est pas le même.
Sans ce tissu de petites habitudes domestiques qui, mine de rien, structurent une journée, ils sont tout chamboulés.
Déchargés des corvées qui finalement les occupent, ils se sentent comme exilés.

Ils n’ont aucune autonomie.
Pas facile quand on a l’habitude de se noyer dans un verre d’eau d’avoir un océan de temps libre devant soi.
Pour restructurer en douceur ces déracinés – et vous sauver quelques heures off – n’hésitez pas à vous montrer un tantinet directif.
Tous les matins, « morning briefing », comme chez Goldman Sachs.
Il y a des huîtres à aller chercher (atelier course d’orientation), les petits pois à écosser, (exercice de psychomotricité fine), des brindilles à lier en fagot pour le feu (ergothérapie), Ouest France à éplucher (contraction de texte), avant la conf du déjeuner.
Après le café, et avant la sieste, suggérez fermement un excursion, avec un tel luxe enthousiaste de détails que décliner serait offensant pour vous.
Ils reviendront d’ailleurs ravis, il fallait juste les bouger (comme des ados, bis).
Fatigant de faire le GO ?
Beaucoup moins que d’avoir deux semi-dépressifs dans les pattes toute la journée.
Appelons ça un investissement rentable.

Ils ne lèvent pas le petit doigt.
Votre mère qui, chez elle, est une infatigable domestique, est saisie d’une forme d’ataraxie, ou alors de maladresse chronique.
Elle sème partout des miettes et des flaques de confiture qu’elle ne nettoie jamais.
Votre père, pourtant réputé pour ses talents de plongeur d’après dîner, n’arrive même plus à porter son mug de café vide près de l’évier.
Vous finissez par trimer plus durement qu’un saisonnier exploité dans une pizzeria en région Paca, avec ces clients en pension complète qui mettent les pieds sous la table trois fois par jour à heure fixe.
Ce n’est pas qu’ils soient tire-au-flanc, c’est juste que votre chouette maison – pourtant le top du confort – est pour eux un territoire hostile !
Ils ne savent pas où ranger les couverts dans le lave-vaisselle (leur Mielle 1987 a un panier, pas un tiroir), ils ignorent où se trouve la lavette et le balai (eux les laissent toujours derrière la porte), et jamais, au grand jamais, ils n’oseront proposer de faire du café avec cette Chemex manuelle bizarre (pourtant inventée en 1941) qui fait vos délices.
Le pire est à venir, quand vous découvrirez, à la fin du séjour, qu’ils ont renoncé à prendre des douches parce que le mitigeur les faisait flipper …
Là encore, n’hésitez pas à demander.
Le vieux parent aime à se rendre utile, cela le reconnecte à son passé nourricier et protecteur.
Attribuez-lui des missions précises et n’attendez pas qu’il prenne l’initiative.
« Tu donnes un coup aux sets de table STP ? Voici l’éponge »

Ça fait bizarre cette inversion des rôles, mais ça marche.
Le pliage du linge, mission dans laquelle les septuagénaires élevées à la vieille école se révèlent hyperperformantes, est également à valoriser.
Le mâle blanc de plus de 75 ans adore aller au supermarché acheter de l’eau minérale et des réserves de papier toilette. C’est un bon point.

Ils se perdent tout le temps.
Il ne se passe pas un après-midi sans que vous les voyiez revenir, raccompagnés par un passant s’ils sont à pied, ou escorté par un locac – voire par les gendarmes ! - s’ils étaient en voiture.
Et oui, ils se sont encore égarés. Et vous reviennent un peu vexés mais farauds (le sauvetage fait une histoire à raconter, et ils ne s’en privent pas!).
Soyons clairs, ça ne va pas s’arranger et ça a grandement à voir avec ce que les pros appellent lâchement la « perte d’élasticité cérébrale ».
Observer ses parents de paumer tout le temps (et tout paumer tout le temps) est d’abord déprimant.
Et ensuite profondément énervant.
Les heures passées à la recherche frénétique de lunettes et de téléphones disparus sont innombrables.
Tout comme sont horripilants ces rendez-vous au marché ou au bistrot du coins auxquels ils arrivent systématiquement en retard parce qu’ils ont fait le tour du département trois fois.
Leur greffer une puce géolocalisable, ainsi qu’à leurs menus accessoires ? Difficile.
En revanche, exigez qu’ils aient toujours un portable allumé sur eux. Dédiez-leur une commode bien visible pour y déposer leurs effets. Enfin, dédramatisez en racontant vos propres épisodes de désorientation avec forces détails comiques. Leur confusion les angoisse légitimement. Et l’angoisse nourrit l’angoisse…

Ils ne mangent pas de tout
Votre marque de yaourts locaux bio exquis ne convient apparemment pas : ils sont allés acheter en douce leurs affreux Activia au Casino.
C’est l’été, il y a des pêches, des abricots, des fraises ? Non, au petit-déj, leur kiwi (importé de Nouvelle-Zélande) , c’est sacré.
Et vous avez bien senti que le ceviche de dorade ne passait pas bien au déjeuner.
Sachez que la néophobie – ce classique du jeune enfant qui n’aime pas la nouveauté et tourne son nez systématiquement – est aussi un incontournable du grand âge.
Sans parler du zeste de pensée magique lié à certains rituels.
C’est un crève-cœur pour vous qui avez connu votre mère si hardie, intronisant vaillamment le très exotique avocat-crevettes dans son cercle d’amis au réveillon de 1972, mais comme avec un petit enfant, insistez : ils doivent goûter de tout (et on ne va pas faire des paupiettes pendant 10 jours, c’est clair). Faites l’impasse sur le kale, le buddha bowl et les graines de courge torréfiées pendant leur séjour. D’ailleurs d’autres seront peut-être contents au passage.

Ils se lèvent à 6h30
Le vieillard dort de moins en moins, c’est une donnée scientifique.
En outre, il est d’une génération où la grasse matinée était suspecte : l’avenir appartient à ceux qui… et ainsi de suite.
Dès potron-minet, vous entendez les glissements furtifs, mais pas tant que ça, dans la maison.
Des objets déplacés avec une précaution très bruyante, des bruits d’eau étouffés brusquement, des exclamations réfrénées trop tard, des chuchotis pressants, bref, toute une activité, qui vise à rester secrète, de déploie derrière la cloison.
Ce n’est pas que vous dormiez profondément (quoique…) mais les journées de manager de maison d’hôtes sont longues quand on est sur le pont dès l’aube.
Quand aux djeunes qui se lèvent à 14 heures du matin – et dont on continue à protéger le sommeil récupérateur – autant dire qu’ils sont une source de conflits larvés permanente.
« chuuut, Marion dort encore, baisse la radio ! »
« Je me disais qu’à 10 heures, quand-même »…

Comment gérer ?
La technique des « plateaux de courtoisie » des hôtels est envisageable.
Installer dans leur chambre une cafetière-filtre et une coupelle de madeleines emballées peut vous faire gagner au moins une demi-heure.
Ne pas hésiter à ajouter un « j’ai des insomnies terribles en ce moment, heureusement, c’est les vacances, je me rendors un peu le matin » plaintif…
En appeler à leur instinct toujours vivace de parents aimants, dont vous redevenez fugacement le petit.

Ils ont toujours chaud/froid
Le soleil est leur ennemi personnel, le courant d’air, leur hantise ; le vent les affole, la lumière de midi des matraque … Ils réagissent avec un excès agaçant aux variations, suant à grosses gouttes quand la température grimpe un peu, claquant des dents dès qu’elle décroît.
Tout cela ne serait rien sans les commentaires incessants sur la météo et leur soûlante sollicitude réciproque : « mets ta casquette, ton chandail, ton foulard, ton écharpe », « tu es rouge, tu es bleu, tu es blanc », « brrr, ça se gâte », « ouch, quel chaleur », « l’humidité tombe, non? » 
Bon, ils sont fragiles, ils le savent.
On le découvre, c’est un choc. Et il y a peu de chances que ça s’arrange. Ils sont en outre d’une époque pas forcément malavisée où prendre tous ses repas dehors l’été n’était pas le nirvana.
Déjeuner dans une salle à manger fraîche et prendre l’apéro à l’abri des rafales n’est pas totalement stupide.
Prévoyez un arsenal facile à dégainer : plaids, polaires, chapeaux (ils perdent toujours les leurs), vaste parasol pratique à déplier, champignon chauffant électrique premier prix pour la terrasse, s’il le faut. Expliquez patiemment, chaque soir, le maniement du radiateur de leur chambre : oui, même en juillet, ils peuvent l’allumer au (petit) matin ! Et sans doute le détraquer s’il est trop sophistiqué.

Ils parlent sans arrêt
Quand on vit un peu replié sur soi-même, ce serait dommage de ne pas profiter vingt-quatre heures sur vingt-quatre de la compagnie qu’offre un séjour en famille. C’est humain !

Mais c’est aussi très fatigant de devoir commenter les dernières exactions de Trump (ou de Macron), la tête embrumée au petit déjeuner.
Et de ne pas pouvoir bouquiner tranquille plus de cinq minutes. Cette avidité de rapports verbaux est évidemment compréhensible et entre en contradiction radicale avec ce qui se passe dans la famille contemporaine, où chacun plonge, mutique, le nez sur la tablette ou son smartphone, pour tapoter des trucs sans intérêt.
La stratégie pour garder un peu de vie intérieure, c’est d’inviter en plus – si vos moyens le permettent – un(e) ami(e) célibataire de jeunesse. Lui ou elle aussi ont de la conversation à rattraper, ils vont s’en donner à coeur joie. Avec cette affection pour nos géniteurs que seules les amitiés de longue date autorisent …
En outre, challengés par cet interlocuteur un peu moins évident que vous, vos vieux parents se révèlent ! Oui, ils sont encore au taquet quand on les stimule (et pan pour vous!)

Laisser un commentaire

 

Cosy place for holidays in ... |
les hobbies d'Angie |
Animaux de compagnie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | pattypatchs
| Football Club Orgnacois
| L'Ecurie de la Combe